[Comm2007] Chronique de Mireille Fanon Mendès France
Philippe Aigrain
philippe.aigrain at wanadoo.fr
Lun 7 Mar 22:09:09 CET 2005
Cette chronique est en ligne à :
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Un ou une présidente pour le respect des droits fondamentaux
chronique pour la première semaine de Mars
lundi 7 mars 2005
Votez Y, votez pour une personne qui représente et qui s’engage sur des
valeurs qui nous concernent tous est un enjeu de taille face à la réalité
politique d’aujourd’hui. Le rôle d’un président ne pourrait se limiter à ce
que nous vivons depuis des décennies. Il y a bien des moyens pour orienter le
travail d’un président, avons-nous tenté réellement de les employer ? Oui, si
l’on regarde le travail de certains syndicats ou associations ; non si l’on
regarde dans quel état est aujourd’hui notre société. Force est de constater
que les républiques successives n’ont cessé de nous brader.
Elles n’ont pas arrêté de nous conduire dans des impasses dont il n’est plus
possible de sortir. Nous sommes les otages de politiques menées en faveur
d’une partie de notre société au détriment de l’ensemble de ceux et celles
qui ne peuvent en jouir. Il nous est pourtant expliqué qu’il ne peut en être
autrement, et que c’est pour le bien de la société tout entière, qui dans
quelques temps en ressentira les bienfaits !
Nous connaissons cette antienne. Nous en sommes las, cela s’exprime sous
différentes formes depuis un moment ; nous sommes de plus en plus nombreux à
regarder, analyser, critiquer, proposer des alternatives. Elles ne sont pas
écoutées, tout au plus sont elles appréhendées comme émanant de doux rêveurs
qui ne comprennent pas que le monde a changé, et qu’il faut cesser de croire
qu’il pourrait en être autrement.
Pourtant nous persistons car nous ne sommes pas dupes et depuis longtemps nous
cherchons l’opportunité de dire, lors d’un temps électif ce que signifie
faire de la politique autrement et pourquoi nous désirons voir s’instaurer un
autre rapport au pouvoir qui ne soit plus un moyen de domination sur autrui,
quel que soit le lieu où il se trouve.
Nous voulons une personne qui, assumant les responsabilités de la France, ne
perdrait jamais de vue, et pour qui même ce serait l’axe central,
l’importance des droits fondamentaux.
Elle doit demander que soient appliqués et respectés les droits fondamentaux ;
se positionner ainsi c’est mener un combat politique ayant pour base des
instruments juridiques.
N’oublions pas que « Nous, peuples des Nations » dans la Charte [1] des
Nations Unies avons demandé à ce que soient instaurés d’autres rapports de
forces en décidant d’associer nos efforts et en prenant comme intermédiaires
pour la réalisation des buts et principes nos gouvernements respectifs. Il
s’agissait d’établir des relations internationales d’une autre nature basée
essentiellement sur la volonté de « proclamer foi dans les droits
fondamentaux de l’homme, dans la dignité et la valeur de la personne humaine,
dans l’égalité des droits [2] ».
Cette intention se traduit dès 1966 par l’adoption simultanée [3] de 2 Pactes
relatifs, l’un aux droits civils et politiques, l’autre aux droits
économiques sociaux et culturels.
Il est à remarquer que ces deux Pactes ont un article commun qui aurait dû
engager la nature et la forme des relations internationales si les
gouvernements ou les institutions internationales n’étaient mues par des
enjeux de pouvoir, de domination et de profit.
Nous voulons que la ou le président (e), qui pourrait être élu(e) en 2007,
s’engage formellement sur ce droit des peuples à disposer librement
d’eux-mêmes, à déterminer leur statut politique et à assurer leur
développement économique, social et culturel [4] mais aussi, et cela n’est
pas neutre aujourd’hui, où les richesses de certains pays sont pillées - au
nom d’intérêts financiers hégémoniques et au nom de la bonne gouvernance- sur
leur droit à disposer librement de leurs richesses et de leurs ressources
naturelles, sans être privés de leurs propres moyens de subsistance [5].
Il faut une personne qui s’engage sur ce terrain là et qui garantisse qu’elle
mettra en place un gouvernement qui respectera ses engagements et refusera
qu’un peuple soit dépouillé de son environnement au profit de qui que ce
soit.
Toute autre position - et qui sont considérées comme normales et hautement
raisonnables aujourd’hui- revient à remettre en cause, à la fois, le droit
inaliénable qu’ont les peuples à disposer librement d’eux-mêmes et la nature
des relations internationales.
Votez Y refusera de cautionner tout programme ou toute personne qui prendrait
pour prétexte la nature des instruments juridiques pour ne pas respecter ou
faire respecter le droit fondamental qu’est le droit à une vie digne.
D’aucuns se retranchent derrière le fait que le monde subit des mutations pour
prétexter remettre en cause par exemple la nature des Pactes de 1966. Certes,
le monde change, mais est ce une raison de questionner a minima des
instruments qui insistent sur le principe fondamental qu’ont les peuples avec
le droit de souveraineté permanent sur leurs richesses et leurs ressources
naturelles [6], et sur celui des Etats qui ont le droit souverain d’exploiter
leurs propres ressources conformément à leurs propres politiques en matière
d’environnement et de développement [7] ?
Sans parler de la Déclaration de principes -non juridiquement contraignante
mais faisant autorité pour un consensus mondial sur la gestion,la
conservation et l’exploitation écologiquement viable de tous types de forêts
[8] qui une fois encore précise que les Etats ont le droit souverain
d’exploiter leurs propres ressources. Ce droit ne peut être réalisé sans le
droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et sans les conséquences, en termes
de prises de position et de postures, que ce droit entraîne à l’égard des
autres Etats ou des institutions internationales y compris financières.
Votez Y, c’est aussi prendre le parti de défendre les droits économiques
sociaux et culturels, les droits civils et politiques en y incluant les
droits environnementaux ; c’est un combat à mener simultanément sur les
terrains juridiques et politiques, sans jamais privilégier l’un plus que
l’autre. Ils sont en interdépendance totale.
Pour cette raison, il faut aussi dénoncer toutes les tactiques mises en place
aussi bien par les Etats et les institutions internationales que les
transnationales et même de temps en temps par certaines ONG pour bouter hors
du champ des droits humains les droits environnementaux.
C’est d’autant plus un combat primordial qu’aujourd’hui les pays du Nord
utilisent le droit à l’environnement comme un instrument de domination
empêchant le développement économique et social des peuples du Sud.
Parler des droits fondamentaux suppose de considérer que tous ces plans sont
en étroite interdépendance et qu’ils doivent être appréhendés pour tous que
ce soit au Sud ou au Nord.
Votez Y c’est penser que cette orientation pour les droits fondamentaux
nécessite d’inventer, de prendre des risques et de refuser les propositions
faites par ceux qui défendent les politiques libérales ou celles prônées par
ceux qui demandent des politiques néolibérales pour un peu plus d’humanité,
voire une mondialisation à visage humain.
Votez Y suppose de s’engager sur ce qui se joue en France, mais aussi sur
l’ensemble de l’Europe avec le Traité établissant une constitution européenne
qui remet en cause fortement les droits fondamentaux et entre autres les deux
Pactes de 1966. Le traité établissant une constitution européenne va remettre
en cause l’autodétermination des peuples de l’Europe d’une part, parce qu’il
est le résultat d’un réel déficit démocratique dans son élaboration et
d’autre part, parce qu’il va imposer un modèle de marché qui va entraîner les
Etats de l’Union européenne à ne plus favoriser le respect des droits humains
sur le plan économique, social et culturel, puisque ceux-ci vont se trouver
soumis à la loi du marché. Ainsi le droit au travail contenu dans le Pacte de
1966 sur les droits économiques, sociaux et culturels se trouve transformer
en droit de travailler. Ce tout petit changement, infime en soi, remet en
cause le droit fondamental qu’est le droit, pour tout être humain, d’avoir un
travail.
Changement sémantique entraînant un vrai changement politique orienté par un
libéralisme déchaîné.
Sans parler d’autres traités ou conventions qui vont entrer en contradiction
politique et juridique avec ce traité ; sans oublier non plus que la
mondialisation -tel un prédateur- concerne et touche l’ensemble du monde où
les pays les plus démunis ou les plus dépossédés par ce nouvel ordre mondial
sont les premières victimes.
Celle ou celui qui doit représenter les Français et les Françaises se doit de
porter cette bataille pour inverser les rapports de force dans les relations
internationales afin d’assurer le respect des droits humains fondamentaux.
Mireille Fanon Mendès France
[1] Préambule de la Charte des Nations Unies, 26/06/1945
[2] idem
[3] 16 décembre 1966
[4] article 1
[5] article 2
[6] idem article 1
[7] déclaration de Rio sur l’environnement et le développement, principe 2
[8] assemblée générale, 14/08/1992
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