[Comm2007] Un petit point sur l'état actuel de l'initiative
Philippe Aigrain
philippe.aigrain at wanadoo.fr
Lun 16 Mai 12:00:04 CEST 2005
Chers tous,
Ce petit point est envoyé sur la liste des communiqués de l'initiative pour
être certain qu'il atteigne tous ceux et celles qui suivent son activité.
Pour une analyse plus au fond voir ci-dessous un message de Patrick Viveret.
Depuis quelques semaines, le fonctionnement de l'initiative a rencontré
diverses difficultés :
- La mobilisation des initiateurs et de beaucoup de participants à la campagne
et au débat référendaire a conduit à un développement encore moindre des
réunions et échanges face à face, qui sont dans tout mouvement un
environnement et une vérification de réalité toujours nécessaires. De ce
fait, les échanges d'information sur les sites et listes se sont poursuivis
sans réponses et suivant leur logique propre (multiplication du nombre de
messages, usages à répétitition de micro-référendums par sondage sur les
forums)
- Les décisions prises lors de la réunion du 16 avril n'ayant sans doute pas
été assez claires ou complètes sur certains points, diverses contestations ou
suspicions sont apparues sur des décisions prises (associations de moyens sans
rôle d'orientation politique) ou sur celles qui ne l'avaient pas été
(organisation concrète des processus de décision).
- L'usage des modalités les plus constructives des sites (espaces de
coopération, usage des forums pour débattre des propositions de contenu) a
été en grande partie délaissé. Cet usage ne pouvait de toute façon se
développer réellement que sur un fond d'action plus générale.
Il me semble que l'initiative ne pourra retrouver ses racines et son équilibre
que par des discussions face à face. Un collectif d'animation aura lieu le 19
mai à 18h à l'ADELS, 108-110 rue Saint-Maur) avec participation de mouvements
non directement associés à l'initiative. Rappelons que le collectif est
ouvert à tous les participants. Cette réunion pourra régler certaines
urgences, mais il est probable que ce n'est que lors de la prochaine réunion
plénière (11 juin 2005) que dossier 2007 / Voter Y pourra se remettre en
véritable état de marche. Différentes intiatives sont en cours pour des
réunions aient également lieu en région à cette occasion.
Amicalement,
Philippe Aigrain
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Message de Patrick Viveret le samedi 14 Mai à 17:22:07 :
Bonjour je veux bien répondre à l'invitation de Michel et exprimer plusieurs
points de bilan et de proposition,à titre personnel, sur notre initiative. Je
le fais en un seul message car je n'ai pas la possibilité d'être activement
présent sur la liste actuellement (pbs de santé non réglés). Ma motivation
personnelle à l'origine de "votez y" était de participer à une initiative
citoyenne capable de favoriser la rencontre et, à terme,l'alliance dynamique
et pluraliste entre le meilleur de la tradition de gauche et de la tradition
écologiste. Si je dis le meilleur c'est parce que nous conjuguons trop
souvent le pire des renoncements de la social démocratie, des querelles de
boutiques internes aux écologistes et des postures sectaires de l'extrême
gauche. L'échec du 21 avril rassemblait la somme de ces pires et il me
semblait que nous ne pouvions pas avancer si nous restions exclusivement
limités au sein des seuls partis. Mais construire le meilleur de la
tradition jauressienne et mendesiste, de l'écologie politique et de
l'altermondialisme, pour prendre ces trois exemples, suppose d'accepter aussi
l'existence de vraies différences. Celà passait à la fois par un autre
rapport au pouvoir (cf un pouvoir à prendre plutôt qu'à créer), par une
capacité à tirer le meilleur du pluralisme (cf construire des désaccords là
où dominent les procès d'intention). D'où l'idée d'un espace commun ouvert
largement ouvert non seulement aux adhérents des partis de gauche et
écologistes, mais aussi aux mouvements civiques culturels et sociaux
("construisons les campagnes électorales comme des mouvements sociaux et
culturels", sous titre de l'appel du 24 novembre) et aux citoyens
inorganisés ou déçus par les organisations auxquelles ils avaient un temps
adhéré. Toutes ces conditions me paraissaient nécessaires à réunir pour
éviter une défaite majeure de la gauche en 2007 face à celui qui me
paraissait le plus capable de s'imposer à droite N. Sarkozy. Sa force à lui,
et les mois derniers l'ont confirmé, est de savoir jouer de la fibre
populiste, de se présenter comme le premier des opposants au gouvernement (et
à J. Chirac!) et de savoir jouer sur les registres culturels et émotionnels
là où la gauche s'en trouve souvent incapable. Je pensais aussi que nous
pouvions faire d'Internet et surtout des nouveaux logiciels libres et
coopératifs un outil important dans l'élaboration de ce processus
démocratique.
Par rapport à ces hypothèses, qui restent à mon avis valables sur l'essentiel,
à condition que la fracture intervenue à gauche à l'occasion du referendum ne
laisse pas de traces irrémédiables, plusieurs inflexions se sont produites,
certaines positives ou imprévues, d'autres à mon sens préoccupantes :
Ainsi si nous avons pu réussir, non sans difficultés, à intéresser un panel
pluraliste de journaux, de revues, de lieux de culture à notre initiative
celà ne s'est pas traduit, comme nous l'espérions, par une participation
active de leur part. Les Inrocks ont certes joué un rôle dynamique à
l'origine et informé les signataires de l'appel "guerre à l'intelligence" des
assemblées physiques mais en dehors de Jade (et de Sylvain au début) ont été
peu présents ensuite. Politis et le Nouvel Obs engagés chacun à fond dans la
campagne du NON et du OUI n'étaient pas prêts à jouer vraiment le jeu de la
construction des désaccords. Politis a certes organisé un débat
Lipietz-Melenchon qui reste un bon exemple de ce qu'il fallait faire pour
sortir des logiques réductrices et binaires mais celà n'a pas été au delà.
Notre tentative, notamment à travers la proposition d'un débat Passet/Morin
de jouer cette carte n'a pas rencontré réellement d'écho. Quant à nos revues
(Mouvements, Vacarmes, Transversales, le Pas de côté, etc.)elles ont joué ce
jeu partiellement mais sans moyens et leurs responsables étaient trop pris
par ailleurs pour vraiment se consacrer autant qu'il l'aurait fallu à notre
initiative.Du côté des lieux de culture grâce à Fazette et Mains d'oeuvres
nous avons pu commencer une dynamique intéressante (à commencer par la
possibilité de tenir nos assemblées physiques) mais nous sommes loin de ce
que nous espérions à l'origine.
Et puis notre initiative a rencontré des problèmes que nous avions sous
estimés : Par exemple nous avons sous estimé en pratique, l'importance des
citoyens inorganisés, se sentant exclus de la vie politique classique, et
disposant par ailleurs d'Internet. Pour eux par exemple le ressentiment à
l'égard de la gauche est tel que l'ancrage à gauche de notre initiative était
soit secondaire soit carrément discutable. Claire M3T a tout de suite exprimé
ce sentiment par son tout premier message "ni droite, ni gauche, en avant".
Au début nous avons cru que cette position était l'expression de personnes
venant plutôt du centre d'autant que nombre de personnes qui exprimaient
cette position venaient à l'origine du site l'ami public (puis à la suite
d'une rupture, d'avenir partagé). Or l'ami public a été créé par Christian
Blanc aujourd'hui à l'UDF.Mais si ces positions de centre gauche existent en
notre sein, il s'est vite avéré que la posture proposée par exemple par
Claire s'apparentait en fait à une forme d'organisation (y compris dans le
cadre d'un nouveau parti, cf son dernier message sur le forum : parti ou
association?) destiné à construire une forme de rassemblement anti classe
politique. Je peux comprendre ce sentiment tant la méfiance à l'égard des
élus, y compris de gauche, est aujourd'hui importante. Mais je crois qu'un
tel rassemblement, à supposer qu'il puisse exister, serait incapble de
formuler des alternatives positives. Son seul moteur serait le ressentiment,
sa part démocratique (je ne doute pas que c'est le souhait de Claire) serait
vite étouffée par les postures autoritaires des extrémismes (surtout de
droite) et nous n'aurions plus qu'à nous retourner vers les seuls partis, la
démonstration ayant été faite qu'une initiative civique s'autodétruit elle
même.
Il me semble en outre, comme je l'ai déjà dit à d'autres personnes à l'origine
de ce projet, que nous sommes à la conjonction de trois séries de pbs,
distincts dans leur origine mais qui convergent pour créer une vraie menace
sur la poursuite de l'initiative
- le plus immédiat est [que la liste de discussion générale diff] elle même
est devenue contre productive au point que nous hésitons à parler de "votez
y" par peur du découragement de celles et ceux qui tomberaient sur cette
liste. Il ne s'agit évidemment pas d'un pb purement technique. Internet est
un des outils de l'ère de l'abondance informationnelle et relationnelle et
nous ne savons pas encore traiter cette abondance car nous continuons
culturellement à fonctionner avec les outils et les représentations de la
rareté. En outre, sur le plan émotionnel, les listes de diffusion créent une
asymétrie entre l'émission de messages vécus sur le mode de l'oral et la
réception vécue sur le mode de l'écrit. Un mouvement d'humeur de l'émetteur
qui ne paraît pas grave à ses yeux est reçu comme un écrit destructeur par
le/les récepteurs. Personnellement il m'est arrivé d'avoir des réactions
fortes et assez agressives sur le coup, mais j'utilise la version "brouillon"
pour exprimer mon premier mouvement et je le corrige ou ne l'envoie pas
ensuite. (Je conseille la méthode et nous pourrions lors d'un moment festif
faire un pot pourri et anonyme de tous ces brouillons qui alors nous feraient
rire alors qu'ils nous blessent régulièrement.)
Sur le plan technique, il me semble que que nous pourrions régler assez
facilement le pb de la liste en créant comme le propose Philippe Piau un
espace de type "agora" ("discutons") sur le forum remplissant les fonctions
de la liste actuelle mais ne constituant pas dès lors l'entrée exclusive et
quotidienne dans votez y que constitue cette liste [pour ceux qui y sont
abonnés] (et ne créant pas non plus ce phénomène d'embouteillage des boîtes
aux lettres). Il serait alors possible que la liste redevienne une simple
liste informative. C'est ce qui était prévu à l'origine mais l'absence à
l'époque d'espaces de débat, avait conduit, et j'en suis le premier
responsable, à en faire aussi un espace de discussion. Mais, dans cette
perspective que nous pourrions proposer par exemple pour la réunion du 11
juin, il resterait à traiter la question émotionnelle et celle de l'abondance
ce qui est beaucoup plus coton !
2) ce problème est accentué par une partie du groupe d'initiateurs eux mêmes
où l'on assiste à un rejet global d'internet, où la distinction n'est même
plus faite entre la liste d'une part et les espaces collaboratifs et les
forums d'autre part. Au nom du fait que "90% des gens n'ont pas
Internet" [Note de Philippe Aigrain : en réalité environ 40% des foyers et
50% des individus ont accès à Internet en France aujourd'hui], de l'idée
qu'"Internet n'intéresse que les bobos", cette position s'est traduite par la
quasi absence des initiateurs non seulement sur la liste mais sur le site.
Comme nous n'avons pas réussi par ailleurs à développer d'autres moyens plus
classiques : organisation de terrain, courrier, tel, fax, etc nous nous
retrouvons dans la situation paradoxale où d'un côté Internet est critiqué
par nombre des initiateurs et ou de l'autre,c'est l'espace principal où s'est
déployée, même modestement, l'initiative jusqu'ici . Je n'oublie pas, certes,
nos deux assemblées physiques mais ce qui s'y est fait (par exemple
l'adoption de la charte ou les débats sur l'Europe) n'a été possible que du
fait de la préparation en amont sur Internet. Je suis bien d'accord par
exemple avec Jean Luc Varin pour dire qu'Internet est tout à fait
insuffisant. Mais passer à côté d'outils comme les forums, les espaces
collaboratifs et plus largement les logiciels libres serait se priver
d'opportunités importantes. Par ailleurs il n'y a pas seulement l'inégalité
d'accès à Internet. Comme le faisait remarquer Jean Pierre Jouany il y a tout
autant celui des non parisiens, des non membres de réseaux organisés, de
celles et ceux qui manquent de moyens pour se déplacer à nos rencontres etc.
C'est l'ensemble des formes d'échange de communication, de débat et d'action
qu'il nous faut aborder at pas seulement la question Internet.
En outre le problème est redoublé par notre choix de l'association de moyens.
J'y ai souscrit dans un premier temps car c'était le plus souple et le plus
libertaire. Mais l'association de moyens suppose une forte confiance
intérieure et une vraie continuité entre réunions physiques et ce qui se
passe sur Internet. Or ces conditions ne sont pas réunies puisqu' il existe
au contraire de la méfiance du fait de nombre d'attitudes agressives sur la
liste et une réelle coupure entre Internet et les réunions du collectif ou
des assemblées de type 16 avril ou 15 janvier. je crois donc aujourd'hui
qu'il nous faut comme le proposait Philippe Piau le 16 avril, Michel depuis
et comme le dit JP Jouany qu'il nous faut aller vers une véritable
association dont la charte serait le vecteur "constituant". Mais le mieux
étant l'ennemi du bien il ne faut pas que cette perspective empêche le dépôt
de l'association de moyens qu'il sera toujours temps de transformer. Pour
prendre un exemple simple nous avons besoin immédiatement de l'assoc de
moyens pour réunir les fonds nécessaires à la tenue de notre rencontre de
septembre. Ma proposition : Faisons l'assoc de moyens immédiatement et
préparons pour septembre l'association plus ambitieuse.
3) Enfin nous avons un vrai pb politique d'ensemble lié au fait que la
mobilisation réferendaire des Oui et des Non et le degré passionnel que la
division a atteint rend difficilement audible toutes les tentatives de poser
les pbs dans leur dimension plus qualitative, complexe et anticipatrice. La
possibilité de créer un espace commun de travail commun aux traditions
socialistes écologistes et altermondialistes s'en trouve fragilisé.J'espère
que la situation post référendaire réouvrira cet espace mais il ne faut pas
sous estimer la difficulté : il existera une demande très forte pour ne
s'occuper que du regroupement des non de gauche . Les effets délétères de la
fameuse photo Hollande/Sarko n'ont pas fini de produire leurs métastases et
tous ceux pour qui le regroupement de la gauche de la gauche passe bien avant
la volonté de refonder la gauche pour éviter Sarko en 2007 chercheront
pendant longtemps à expliciter ce seul créneau. Hervé me signale que ce
risque est faible et qu'il existe au contraire un fort potentiel pour
rebattre les cartes et éviter des reconstitutions sectaires classiques.
J'espère que c'est lui qui a raison et c'est en tout cas dans cette direction
qu'il nous faudra travailler. Personnellement celà ne me gêne pas que
l'ensemble des non de gauche cherchent à s'organiser, à se doter même d'un
projet , voire à présenter une candidature commune. Je l'ai proposé dans le
cadre du forum consacré aux primaires et dans un débat avec Alain Uguen. Mais
il est essentiel qu'un tel projet s'inscrive dans la perspective plus globale
d'une capacité à offrir une alternative au bushisme à la française qu'incarne
N. Sarkozy bref qu'il s'occupe des deuxièmes tours (présidentielles et
législatives) et pas seulement des premiers; et même du troisième c'est à
dire la capacité d'une alliance à réussir une transformation profonde dans la
durée. Sinon nous reverrons l'erreur historique classique de toutes les
extrêmes gauches plus préoccupées de combattre leurs adversaires de gauche
que ceux de droite.
Ces trois élements se conjuguent actuellement pour provoquer des difficultés
qui, si nous ne régisssons pas, pourront tuer dans l'oeuf notre initiative
qui reste d'une grande fragilité compte tenu de son absence de moyens et de
la faiblesse du soutien des journaux qui avaient publié l'appel. En outre
notre principal danger est la lassitude et le découragement. Quand on
consacre un temps précieux et bénévole à une initiative et que l'on s'en
prend plein la gueule il ne faut pas s'étonner que l'on finisse par prendre
du recul. Le masochisme a des limites !
La contrepartie positive de tous ces points difficiles c'est en revanche que
les trois pbs ci dessus ne nous sont pas propres et que sous une forme ou une
autre la gauche devra les traiter dans les deux années qui viennent. Nous
nous sommes placés à un carrefour incontournable. Encore faut il que nous
existions toujours quand on s'en rendra compte ! C'est pourquoi il me semble
nécessaire de réussir le 11 juin et les 24 et 25 septembre pour relancer
l'initiative dans de meilleures conditions. C'est en tout cas personnellement
dans cette perspective, pour répondre à la dernière question de Michel, que
j'essaierai d'apporter ma contribution.
Amitiés à tous. Patrick
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