[Communiqués ArsIndustrialis] Mécroissance et libido

Caroline Stiegler caroline.stiegler at gmail.com
Lun 7 Avr 09:52:45 CEST 2008


    *MECROISSANCE ET LIBIDO
A propos de l'économie libidinale capitaliste et des problèmes
 théoriques qu'elle soulève
Olivier Douville, Dany-Robert Dufour et Bernard Stiegler
Théâtre National de La Colline, 15 rue Malte Brun - Paris 20°
12 avril 2008 - 14 heures
entrée libre
*
Le point de départ du travail que tente de mener Ars Industrialis consiste à
poser que le capitalisme est une forme historique de l'économie libidinale,
et que l'économie libidinale capitaliste tend à devenir une a-économie, et
même une anti-économie : s'il est vrai qu'économiser signifie prendre soin,
l'économie libidinale capitaliste tend à ne plus prendre aucun soin de ses
objets. Devenue essentiellement *spéculative*, c'est-à-dire aussi bien *
pulsionnelle*, elle tend à détruire ses objets.

Cela signifie que, de ce qui constituaient les objets de son désir, elle a
fini par faire des objets de ses pulsions, et que *ces pulsions se sont
déliées de tout désir* : que tout désir s'est absenté de cette vie
pulsionnelle capitaliste. L'investisseur devenu spéculateur est ainsi celui
qui ne prend plus soin de son objet, qui n'y investit rien de son désir –
car, tout au contraire, il tend à détruire l'objet de ce qui est donc devenu
sa spéculation.  Spéculer sur un objet, c'est ne prendre aucun soin de cet
objet – et c'est en cela contribuer à sa destruction.

Partant de ce sombre constat qui décrit ce que nous appelons désormais la *
mécroissance*, notre thèse secondaire est que le désir est ce qui doit être
relancé (plutôt que la consommation), et que cette relance passe par ce que
nous appelons les technologies de l'esprit – c'est-à-dire de la *sublimation
*.

Et dans notre dernière séance, nous avons commencé l'exploration de ce qui
devrait selon nous constituer un nouveau modèle industriel sur la base de
ces technologies de la sublimation : un modèle industriel défini par
une *économie
de la contribution*.

Reste que de telles perspectives ne sont pas sans ouvrir ou relancer des
débats sur les concepts fondamentaux de la pensée freudienne, par exemple :



   - Qu'en est-il du rapport entre désir et pulsion ?
   - Qu'en est-il du rapport entre désir et sublimation ?
   - Qu'en est-il du désir chez Freud – c'est-à-dire de ce qu'après Lacan
   nous appelons désir, et de ce que Freud appelle libido ?
   - Qu'en est-il du caractère intrinsèquement pervers de la libido ?
   - Le surmoi est-il destructible ou indestructible ?
   - L'inconscient lui-même peut-il être liquidé ?
   - Le désir n'est-il pas intrinsèquement fragile, et ne doit-il pas
   être entretenu et protégé ?

C'est pour nous approcher de telles questions et de bien d'autres qu'elles
appellent que nous avons invité Olivier Douville et Dany-Robert Dufour pour
débattre de la question suivante :

*QUE POUVONS-NOUS ET DEVONS-NOUS PENSER *
*DE L'HISTORICITE DE L'INCONSCIENT*
*ET DES FONCTIONS AFFERENTES DE L'APPAREIL PSYCHIQUE*
*A L'EPOQUE DE L'ECONOMIE LIBIDINALE CAPITALISTE DEVENUE PULSIONNELLE*
*ET ANTI-ECONOMIQUE ?*


A l'horizon d'un tel débat se pose évidemment la question de la grande
difficulté de ne pas régresser, lorsque l'on procède à la critique de
l'économie libidinale capitaliste, de toute évidence indispensable, par
rapport aux acquis critiques de la pensée freudienne et de la psychanalyse –
et en particulier comme pouvoir de critiquer le fonctionnement toujours
tendanciellement régressif (et rétrécif) du surmoi.

Il va sans dire que de telles questions affectent la pensée du XXème siècle
dans son ensemble, et notamment celle qui s'est élaborée en France, après la
deuxième guerre mondiale, dans un rapport essentiel aux œuvres de Freud et
de Lacan.




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