[Communiqués ArsIndustrialis] mardi 10 juin
Caroline Stiegler
caroline.stiegler at gmail.com
Mer 4 Juin 13:47:37 CEST 2008
Bonjour,
Le prochain séminaire «* Enjeux anthropologiques, culturels et
philosophiques des nanosciences et nanotechnologies* » (Institut de
Recherche et d'Innovation, Centre Georges Pompidou), sous la responsabilité
de Xavier Guchet et Sacha Loeve, aura lieu mardi prochain 10 juin de 17h à
19h.
Bernard STIEGLER (DDC, Centre Georges Pompidou) interviendra sur le thème :
"*La généalogie organologique des nanosciences et des nanotechnologies comme
question de la naturation*"
Le séminaire se tiendra dans la salle du Collège de l'Institut, sur la
Piazza Beaubourg (au pied de l'ascenseur rouge, à l'extérieur, à droite du
Centre Pompidou).
Argumentaire général du séminaire :
L'intention générale de ce séminaire, commencé l'an passé, est de stimuler
une approche critique des nanosciences et nanotechnologies (NST), non pas au
sens d'une mise en accusation systématique des sciences et des techniques,
mais au sens d'une analyse des effets que leur développement aura sur les
conditions de l'expérience et de la connaissance humaines. Il s'agit par
conséquent d'abandonner toute position de survol pour s'enfoncer dans la
fabrique des représentations et des concepts, au plus près du travail des
scientifiques en NST.
Le séminaire de l'an passé, sur les représentations du nanomonde, a montré
qu'il n'est pas possible de réduire la recherche en NST à des considérations
strictement utilitaires. Les recherches dans les domaines de l'électronique
et de la mécanique moléculaires, pourtant propices à suggérer une
orientation purement utilitaire des recherches en NST, apparaissent au
contraire sinon exclusivement, du moins prioritairement motivées par des
intérêts de connaissance. Or, ce constat ne peut pas manquer d'avoir des
incidences sur la, ou les, conception(s) de la nature que les recherches en
NST font émerger. On veut en effet dans ce séminaire défendre l'idée que les
NST ne font pas qu'intensifier ce rapport de pure exploitation à la nature
qui est supposé définir la modernité technoscientifique, mais qu'elles font
aussi émerger une vraie pensée de la nature. En parodiant Merleau-Ponty
parlant de la cybernétique à la fin des années 50, on peut dire qu'on ne
peut pas aujourd'hui penser la nature sans parler des nanosciences. C'est
cette pensée de la nature que l'on voudrait interroger cette année. Si le
séminaire de l'an passé a permis d'en donner un aperçu par l'examen des
artifices fabriqués en laboratoire, le séminaire de cette année sera
consacré à expliciter plus précisément cette pensée et avant tout à en
montrer la diversité (il n'y a pas une mais plusieurs conceptions de la
nature dans les NST). On entend pour cela s'appuyer sur des pensées
philosophiques de la nature, celles de Whitehead et de Simondon en
particulier, en faisant l'hypothèse qu'elles sont susceptibles de fournir
des concepts permettant de mieux caractériser cette pensée de la nature qui
se forge au cœur de la recherche en NST.
Les NST, considérées comme le fleuron de la créativité opératoire des
technosciences contemporaines, semblent inaugurer l'ère d'une processualité
pure dans laquelle le devenir aurait destitué l'être. L'idée même d'une
nature extérieure à nos activités technoscientifiques achèverait sa
décomposition et ferait place à une perspective massive
d'instrumentalisation des processus matériels, considérés dans leur ensemble
comme des « dispositifs pour ». Peut-on en rester là ? Cette question
servira de fil conducteur aux réflexions de ce séminaire 2007-2008.
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