[Communiqués ArsIndustrialis] 17 mai 2008

Caroline Stiegler caroline.stiegler at gmail.com
Dim 4 Mai 09:58:29 CEST 2008


*LE NUMERIQUE DANS L'ECONOMIE ET LA COGNITION DE L'ATTENTION*
*avec*
*Christian Fauré : La gigantomachie autour des data centers *
*et*
*Alain Giffard : Lecture numérique, lectures industrielles : contrôle de
l'attention et catastrophe cognitive*
**
*Théâtre National de La Colline - 14 rue Malte Brun - Paris 20°*
*17 mai 2008 à 14 heures*
*entrée libre
*
*Christian Fauré : La gigantomachie autour des data centers*
**
Ce qui nous motive, à Ars Industrialis, c'est la constitution d'une
politique industrielle des technologies de l'esprit. Or cette question ne
peut s'instruire sans connaître l'évolution toute récente de l'industrie des
technologies de l'information.

En quelques années, nous avons ainsi assisté à des investissements colossaux
dans la construction de centres de données et de calculs, les fameux data
centers. Cette concentration d'outils de production industriels de masse
(puissance de calcul et de stockage) rappelle à certains égards l'évolution
qu'à connu le secteur de l'énergie électrique à un siècle d'intervalle.
C'est d'ailleurs sur ce parallèle que se fonde l'argumentation du
journaliste américain Nicholas Carr dans son dernier ouvrage : "The Big
Switch : rewiring the world, from Edison to Google".

Confirmant les diagnostics qui ont déjà été fait par l'association, personne
ne sera surpris de constater que les plus grands acteurs industriels de
cette concentration (Google, Amazon) sont des acteurs financés par la vente
de produits culturels ainsi que par la publicité.

C'est donc une forme de géopolitique de la situation qui sera ainsi
présentée afin de nous donner les moyens d'analyser le sens et les enjeux de
cette concentration des data centers. Il faudra également relativiser les
propos de Nicholas Carr dans le parallèle qu'il fait entre l'industrie des
technologies de l'information et l'industrie électrique, car la métaphore
empêche de penser cette nouvelle politique industrielle des technologies de
l'esprit à laquelle nous appelons.

C'est par la compréhension des enjeux de cette véritable gigantomachie, à
laquelle nous assistons en ce début de XXI siècle, que nous pourrons faire
des premières propositions concrètes qui seront soumises à la discussion
avec le public lors de cette séance...

*Alain Giffard :** Lecture numérique, lectures industrielles : contrôle de
l'attention et catastrophe cognitive *

L'interrogation initiale est une partagée par le public le plus large : quel
est le devenir de la lecture dans le temps où se développe sa forme
numérique ?
Et, pour commencer : la lecture numérique existe-t-elle ? peut-elle
« prendre la place » de la lecture classique ?

Cette question est abordée à travers les notions communes à Ars
Industrialis, et reprise aussi en fonction des thématiques travaillées en ce
moment par l'association: la relation inter-générationnelle, l'éducation, le
soin des enfants ; la réflexion sur l'économie politique et l'hypothèse
d'une « économie de la contribution ». La lecture numérique est donc
envisagée du double point de vue d'une nouvelle et nécessaire
instrumentation des savoirs, et d'une réflexion sur l'économie de
l'attention, point crucial pour les enfants.

En m'appuyant sur une étude remise au ministère de la Culture et de la
Communication, je soulignerai plusieurs traits de la lecture numérique : son
caractère de « technique par défaut » et la surcharge opératoire du lecteur
qui en découle ; le risque d'une concordance entre le type d'attention
mobilisée (« hyper attention » plutôt qu'attention soutenue), le type de
lecture (de scrutation ou d'information plutôt qu'approfondie), et le degré
d'exécution de l'acte de lecture; la place de la simulation.

Comme pratique, la lecture numérique se développe dans un cadre général que
caractérisent deux nouveautés inouïes : le retrait des puissance publiques,
et l'essor des industries de la lecture. L'abstention ou l'incurie des
puissances publiques suscite un face à face du public des lecteurs
numériques et des industries de lecture. La tension de ce face-à-face n'est
rien d'autre que ce qui structure aujourd'hui « l'espace des lectures
industrielles ».

J'essaierai d'examiner comment les pratiques de lecture des enfants et des
jeunes s'inscrivent dans cet espace des lectures industrielles. Comme
technologie, la lecture numérique est à la fois poison et contre poison.
Elle peut assister le développement du sens critique, notamment en
permettant une autre grammatisation de l'audiovisuel. Mais elle peut aussi,
comme les autres technologies de l'information, devenir un instrument dans
la concurrence de plus en plus déclarée que les médias générationnels
livrent à l'école et aux parents. C'est au point précis où se croisent le
marketing des médias générationnels et le groupe dit des « natifs du
numérique », c'est à dire là où le conflit pour le contrôle de l'attention
des enfants et la définition de la lecture de référence est le plus ouvert
que se situent, selon moi, les risques véritables d'une catastrophe
cognitive et culturelle.
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